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Extrait livre 2ème, chap 4
Extrait livre 2ème, chap 4
Bataille pour une essence-immortelle

Le treuillage était déjà bien engagé, lorsque soudain jaillit de la gueule des vampires-rascasses une sorte de lumière froide et verdâtre, qui vint immédiatement contrarier celle, chaude et rosée, du cocon de velours. Et le résultat ne se fit pas attendre : sitôt encadrée par ce faisceau maléfique, la créature éthérée se remit à pousser des bêlements lamentables, doublés de fortes convulsions qui faisaient tanguer dangereusement sa nacelle improvisée. Sous cet impact, la cape tendait à se dérouler à nouveau vers la surface de la tourbière. Mon premier réflexe fut de me lamenter :

« Oh non ! C’est pas vrai ! J’y arriverai jamais ! »
Mais la seconde réaction fut la bonne :
« Ô, Vent-Murmurant, s’il te plaît, dis-moi ce qui se passe… Qu’est-ce que j’ai fait comme bourde ?
— Aucune, Présent-du-Roi, souffla en moi une voix familière : tu déploies ma bienveillance avec habileté et douceur. C’est pourquoi les agents du Destructeur, pressentant la partie perdue, redoublent de fureur et d’énergie négative pour récupérer leur prise.
— Mais qu’est-ce qu’ils lui font, au juste ?
— Ils tentent de lui rappeler pourquoi elle est venue s’échouer dans les Marais-de-la-dépression. Une fois cette douleur réactivée, ils chercheront à abattre tout sursaut d’espérance en elle ; ils lui suggéreront qu’elle n’a plus aucune raison de vivre. S’ils y parviennent, elle ira se perdre à jamais dans leurs limbes.
— Oh non ! m’écriai-je, révolté par cette affreuse perspective. On ne peut pas laisser faire ça !
— Bien dit, Fils d’Ish ! Voilà une réaction salutaire.  Elle ne suffira pas, néanmoins : ton œuvre secourable doit être couverte par une intervention puissante. Cette partie-là revient à ta sœur d’armes. »
L’ordre était clair… Je n’avais plus qu’à répercuter :
« Bérénice, vite ! Mitraille-moi toutes ces bestioles ! Et souviens-toi : ça sert à rien de les insulter. Répète seulement les formules que tu entends dans ta tête ! Les formules et rien d’autre, t’as compris ? »
Mais avant même que je le lui aie demandé, la blonde walkyrie avait déjà ôté son Arc-Tonnerre de dessus son épaule, et tendu sa corde avec une flèche-éclair. Sans doute avait-elle pressenti ce qui allait lui être commandé… Jusqu’ici, elle s’était tenue à l’écart, en vol stationnaire, de manière à me gêner le moins possible dans ma délicate mission. Le fiasco provoqué par son excès de précipitation avait calmé son ardeur : elle s’était bien gardée de prendre une autre initiative. Mais à présent qu’elle avait reçu une injonction claire et formelle, elle pouvait sans risque libérer sa fougue. Et son bras ne trembla pas : coup sur coup, ses traits incandescents tombèrent sur les tritons de cauchemar au moment où ils s’apprêtaient à bondir pour saisir leur proie paralysée par le rayonnement glauque.
« Que l’Aigle-Sagesse vous réprime, mercenaires du Destructeur ! leur lança Bérénice. Vous n’avez aucun droit sur cette essence-immortelle ! »
Ces paroles inspirées faisaient mouche autant que ses projectiles. Mieux : elles les guidaient vers leur cible, comme font les ondes radar avec des missiles. C’était imparable… Très vite, l’ignoble vermine reflua dans la fange, car là était son unique retraite pour échapper à ce lourd déluge de formules enflammées.

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