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Extrait livre 1er, chap 16
Extrait livre 1er, chap 16
Le huitième membre

Elle montra du doigt une espèce d’énorme figue qui se balançait au bout de sa tige. Il n’y en avait qu’une. C’était là tout le produit de cet arbre pas commun. Drôle de fruit, en vérité: ou bien une centrale nucléaire avait eu une fuite dans le coin, ou bien on avait affaire à autre chose qu’un fruit… Mais quoi ? Il fallait aller voir. Noor s’élança brusquement dans cette direction, immédiatement suivie par sa maîtresse aux allures de sauvageonne, et cela malgré mes appels à la prudence. En moins d’une minute, elles avaient atteint leur but. Le hurlement strident qui me parvint alors suffit à me convaincre qu’il ne s’agissait pas d’un honnête figuier. Je crus Bérénice en danger, et je courus ventre à terre pour lui porter secours. Inutile: ce n’était pas de peur qu’elle avait crié, mais d’horreur. Car ce qui pendait, c’était… un pendu ! Et le plus affreux, c’était qu’il bougeait encore la tête et les yeux.
Sur le coup, je crus me retrouver en face d’un mort-vivant, comme ceux qui arpentaient désespérément la Vallée-des-brumes. Mais je m’aperçus bien vite que ce pendu-là était plus vivant que mort: il gigotait tant qu’il pouvait dans un grand sac de jute qui ne laissait dépasser que sa tête, aussi lisse que s’il s’était coiffé au papier de verre. Les bords de ce sac étaient percés d’une série de trous dans lesquels passait une corde qui avait été serrée de manière à en rétrécir l’orifice autour du cou du supplicié, sans toutefois l’étrangler. C’était le mode de fermeture des bourses à l’ancienne: il était emprisonné dans une escarcelle géante !
« Aaaah… gémit-il en nous voyant: Aaah, enfants… Bénis soient les dieux de vous avoir envoyés à temps. Je lis dans vos yeux la bienveillance des âmes pures. Ô, enfants, délivrez-moi, je vous en conjure…
— Mais… qui êtes-vous ? lui demandai-je, intimidé. Et qui a pu vous mettre dans cet état ?
— C’est une longue histoire, jeune seigneur, reprit-il d’une voix anémique. L’énergie me manque pour la raconter… Apprenez déjà que mon nom est Eubulus, pour vous servir. Je suis maître en sagesse mystique. J’ai été capturé non sans traîtrise par des malandrins aux ordres du Destructeur, qui m’ont abandonné dans les conditions que vous voyez… Je voyage souvent dans les méandres de la Seconde Voûte: j’ai fini par en connaître chaque embranchement, chaque recoin, chaque place forte. Libérez-moi: je vous guiderai.
— Navré, monsieur l’improbable, mais le poste d’éclaireur est déjà occupé », intervint Tryphose qui venait de nous rejoindre. « Voyez-vous, mon brave, je me targue de posséder moi-même quelques lumières concernant la topographie du territoire de l’Ennemi, l’ayant traversé à maintes reprises. Je crains fort que vous ne nous soyez utile en aucune façon…
— Mais les signes ? insista le supplicié sans se démonter. Savez-vous lire les signes ? Vous n’ignorez pas combien leur déchiffrage est crucial pour ne point se perdre dans le redoutable dédale de ces lieux.
— Ma mémoire y palliera, rétorqua l’âne.
— J’en doute fort, sauf votre respect.
— Vraiment ? Et pourquoi cela, je vous prie ?
— Parce que le maître de ces lieux fera tout pour vous y égarer… Il doit déjà s’ingénier à brouiller les pistes… Vous ne vous y retrouverez pas, si vous ne savez interpréter les cryptogrammes sacrés. Eux seuls ne peuvent être altérés, pas même la plus insignifiante particule, vous ne l’ignorez point. Vous aurez besoin d’un lettré, versé dans le domaine des écritures. »

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